La mer, adversaire assidu

Combattre la mer et défendre leur terre contre les grandes catastrophes naturelles, en particulier les « vimères ou vimers », concordance d’une tempête avec une marée haute de fort coefficient, ont toujours été les préoccupations fondamentales des habitants de la Pointe des Baleines.

Réparation de la digue des petits prés en 1936, on utilise les fagots de tamarin, les fascines, pour refaire une défense provisoire.

Compte tenu de sa situation géographique, la pointe de l’île a toujours été la plus exposée aux vents tempétueux de toute direction et aux assauts des vagues déferlantes. Les Villageois rétais ont toujours répondu au tocsin de jour, de nuit, par temps glacial, sous la pluie, la grêle, l’orage pour colmater les brèches mais tous ces efforts n’ont jamais empêché la mer de passer.

Dès 1289, le Vicomte de Thouars, Baron de Talmont, Seigneur de l’Ile  de Ré  accorda 

aux rétais une charte qui en faisait  des  hommes   libres,  du fait qu’ils avaient l’obligation « à la conservation de l’île pour empêcher les surprises des ennemis et d’entretenir les digues qui l’environnent ».

Soumise aux passages répétés des perturbations nées sur les eaux chaudes de l’atlantique, la région a toujours été  propice à des phénomènes éoliens marqués. Les aléas majeurs sont plus nombreux au XVIIIème  siècle (9 événements) qu’au XXème  siècle (7 événements), mais les années 1960-2000 ont connu une recrudescence de lactivité éolienne évidente.

 

Hélas quelquefois, la mer et le vent conjuguent leurs efforts avec un fort coefficient de marée, quelques exemples parmi tant d’autres de ce qu’a subit l’île et sa pointe nord depuis quelques siècles :

Pointe des Baleines – effet de vague à la côte sauvage un jour de tempête

Hiver 1351-1352, 10 août 1518, 22 août 1537 ,  «  Le débord de la mer fut si grand par les tourmentes qu'il faillit de submerger entièrement l'Ile de Ré ...",

24 février 1591, « Il y a eu en l'Ile de Ré grande vimère et débordement d'eau qui a fait grand dommage aux marais, … »,

1598-1599, 10 décembre 1711, de 1711 à 1715, chaque année, d’énormes tempêtes ont ravagé l’île et particulièrement la Pointe des Baleines. Les dégâts étaient considérables entre la Tour des Baleines et Ars,

1er  Novembre 1755, 26 février 1811, la maline de février 1811 fut particulièrement terrible. Des vents violents et incessants avaient soufflé pendant plusieurs jours et pendant trois jours les vagues passèrent au dessus des digues. Les écluses à poissons avaient été profondément malmenées, voire détruites, les bancs de coquillages mettront plusieurs années à se refaire. (Correspondance du Commissaire de la marine),

22 octobre 1820, 4, 5 et 6 décembre 1896,

8 et 9 janvier 1924, 22 et 23 février 1935, c’est un ouragan que les côtes rétaises affrontent dans la nuit. Les conditions météorologiques sont épouvantables,

22 février 1936, 40 ruptures de digues sur le canton 

nord avec submersion des marais, 

16 février 1941, 15 février 1957, après 1950, on constate une réduction des tempêtes violentes qui s’accompagne d’une diminution des travaux de surveillance et d’entretien des digues de la Pointe des Baleines et des autres. Une seule tempête violente en 1963. La région connaîtra deux tempêtes exceptionnelles, celle du 27 décembre 1999, « Martin surnommé le terrible » et la tempête du 28 février 2010, « Xynthia ».

 

27 décembre 1999- La tempête « Martin le terrible »

Sorties du « Gillieux » vers le phare, arbres déracinés, portes envolées, murs abattus, poteaux électriques au sol, photos de droite, le camping municipal après l’ouragan.

Du 25 au 27 décembre, deux ouragans se sont succédés sur la France. « Lothar » a surtout ravagé le  nord  de  la  France,  « Martin » est  responsable  des  dégâts dans le sud ouest. La dépression s’est formée au large de Terre Neuve et a traversé l’atlantique en moins de 24 heures, très importante, (965 hPa) progressant à 100 km/h d’ouest en est, elle a été à l’origine de vents très violents. Elle n’a pas causé de submersion importante, petit coefficient de marée, 43, et l’amplitude maximale de la dépression a été atteinte trois heures avant la marée haute. Ce sont les vents violents qui ont provoqués   des dégâts très importants à la pointe de l’île. Le phénomène a été classé comme ouragan de force 12, valeur maximale sur l’échelle de Beaufort, redouté pour le caractère destructeur des vents et aussi des pluies torrentielles. Ils ont atteint à l’anémomètre du phare des baleines 216 km/h et causés d’énormes dégâts forestiers, toitures arrachées, réseau électrique endommagé. (13 morts en Charente Maritime, plus de 8 milliards de francs de dégâts, 330 000 foyers privés d'électricité pendant plusieurs jours, 4 jours au Gillieux). 

28 février 2010, la tempête « Xynthia »

Les deux photos ci-dessus représentent le même endroit de la digue, l'une avant "xynthia", on y voit les "rafistelages" du parapet. L'autre photo, la même digue après la tempête, méconnaissable. 

Dans la nuit du samedi 27 au 28février 2010 une des plus violentes tempêtes venant de l'Ouest du Portugal a touché la France en faisant 53 victimes, 2 sur l’Ile de Ré. La Pointe des Baleines a pris de plein fouet le phénomène atmosphérique. Venue des Açores, cette tempête a remonté vers le golfe de Gascogne puis le Poitou-Charentes entre 0h00 et 6h00 le 28 février 2010, elle fut moins exceptionnelle que ces devancières   de   1999  (Lothar et Martin)  et    aussi    moins   exceptionnelle   au   regard   de  la vitesse des vents enregistrés en Poitou-Charentes (160 km/h au Phare des Baleines).  Simultanément, la pleine mer avec un coefficient de 102 (coefficient important, mais pas exceptionnel non plus )  avait 

lieu à 4 heures, au moment où la tempête, à son paroxysme,  atteignait notre région.  L’addition de ces phénomènes non exceptionnels, auxquels viennent s’ajouter les basses pressions engendrées par la tempête et la direction inhabituelle du vent, perpendiculaire à la côte,  a entraîné une augmentation importante  de l’onde de tempête, 6 m, (onde prévue 4,5m) générant une surcote de la marée mesurée à 1,53 m à La Rochelle, identique à la Pointe des Baleines, phénomène  très exceptionnel,  jamais enregistré par le marégraphe de La Rochelle. L’évènement Xynthia a parfaitement été prévu par les modèles numériques qui, quotidiennement, élaborent des cartes du champ de pression à échéance de plusieurs jours.  

 

 Le document ci-contre montre le champ de pressions prévu le mercredi 24 février à 6 heures pour le dimanche 28 février 07 heures. La prévision ne laisse aucun doute, un noyau dépressionnaire aux environs de 970 hPa est signalé dans le golfe de Gascogne, on le baptisera « Xynthia » . Les centres de prévisions préciseront leur analyse d’heure en heure. 

Etat des digues après xynthia

C’est la côte atlantique, dite « sauvage » qui a supporté les assauts de la mer. Les vieilles digues peu entretenues depuis un demi-siècle ont néanmoins résisté et n’ont cédé qu’à mi marée environ. Les vagues déferlaient partout le long de la pointe. Le canot de sauvetage et les différents accès à la côte, « les pas », leur ont offert un chemin idéal pour qu’elles s’emparent d’une grande partie des terres proches où les pommes de terre venaient d’être plantées. De ce fait, la totalité des commerces du phare s’est retrouvée sous 30 cm d’eau.

 Le nord de l’île après xynthia

La pointe nord de l’île après « xynthia », on distingue le village d’Ars, à gauche, la forêt de la combe à l’eau ;

au fond, la Pointe des Baleines et  St Clément.  (Photos Ministère de la transition écologique et solidaire – Bruneau LANDREAU))

Le village des « Doraux » situé immédiatement derrière les digues s’est vu traversé par un flot torrentiel    de   faible   profondeur, 10 à 20 cm, mais qui empêchait tout piéton de progresser.

Le village du « Gillieux » s’est retrouvé entouré par les eaux, mais très peu de dégâts. Les Anciens savaient où construire, la mer s’est pour ainsi dire arrêtée à l’entrée des villages.

 

Bien qu’en première ligne et très fatiguées, les défenses de la Pointe des Baleines ont très bien contrarié Xynthia. Dans les tempêtes historiques du XXème siècle, à l’échelle régionale, cinq autres tempêtes équivalentes à Xynthia en termes de submersion sont répertoriées, 1924, 1940, 1941, 1957 et 1999.

Dès le lendemain matin dimanche, tous les Villageois ont pu constater les dégâts sous un soleil radieux et une mer calmée, mais avec aussi en prévision un coefficient de marée de 106 pour l’après midi, avec des digues, quand il en restait en piteux états. Tous les engins de travaux publics des entreprises villageoises disponibles sur place ont été immédiatement utilisés pour colmater les brèches et renforcer là où c’était nécessaire. A la marée haute de l’après midi, pas une goutte d’eau salée n’a pu  franchir les défenses.

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